Chez Sébastien Renier, « avoir assez de fourrage pour 155 vêlages, c'est un vrai stress »
Dans l'Allier, Sébastien Renier a pensé son exploitation pour qu'elle soit robuste face aux sécheresses estivales. Mais avec un chargement de 1,4 UGB/ha sur des parcelles relativement séchantes, l'agriculteur craint que le changement climatique mette à l'épreuve son système dans les années à venir.
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Avec 155 vêlages en système naisseur dans l'Allier, Sébastien Renier constate les conséquences du changement climatique campagne après campagne. Si bien qu'à terme, l'éleveur craint de devoir diminuer son chargement faute de fourrage. Mais avant d'en arriver là, il mise sur la technique pour sécuriser son exploitation.
Il faut réaliser 6 mois de stock sur 3 mois de pousse de l'herbe
Avec 1,4 UGB/ha, le chargement devient un enjeu sur les pentes séchantes de l'Allier. « Ca n'est pas excessivement élevé, mais je suis dans une zone ou les prairies virent vite au paillasson l'été. Tout l'enjeu est de réaliser 6 mois de stock en 3 mois de pousse de l'herbe », résume Sébastien. Car à l'exception de 2023, les étés secs se suivent et se ressemblent.
Installé en individuel en 2022 après plusieurs années au sein d'un Gaec familial, l'affouragement a toujours été un stress. « Quand je me suis lancé, j'avais peur de ne pas avoir assez de trésorerie pour faire face à une mauvaise année et ne pas pouvoir continuer avec le même niveau technique qu'avant ». Inséminations artificielles, contrôle de gestation... « Tout cela nous permet d'avoir une bonne productivité du cheptel et d'être rentable, mais ça a un coût ». Et chacun sait qu'en cas de sécheresse, le prix des fourrages frisent facilement le déraisonnable. « Même avec de la viande chère, si vous n'avez rien à donner aux vaches, vous ne pouvez rien faire », poursuit Sébastien. « Nous avons des petits formules 1 à l'étable, mais il faut avoir ce qu'il faut sous la main pour les faire tourner »
Le vêlage 2 ans pour limiter le chargement
Alors pour se sécuriser, Sébastien a mis en place le vêlage deux ans sur une partie des génisses. « J'ai fait veler 20 génisses à 2 ans sur les 40, et j'ai vendu les 20 génisses que j'avais en trop ». Si bien qu'aujourd'hui, la moitié du troupeau est en vêlage deux ans, et l'éleveur a 20 génisses en moins à nourir. « Cela m'a permis de générer de la trésorerie quelques mois après mon installation », confie l'éleveur. D'autant que le niveau génétique du troupeau permettait la manoeuvre. Trois mois avant la mise à la reproduction, le lot d'animaux affichait des poids compris entre 480 et 530 kg. « Le jour de l'IA, ils devaient être à 60 kg de plus ». Pour sécuriser la pratique, Sébastien a complémenté ses jeunes génisses d'un mélange céréales-tourteau à raison d'1kg par jour en amont de la mise à la repro.
Pour autant, l'éleveur craint de généraliser la pratique à l'ensemble du troupeau. « Les vaches sont jeunes, il faut qu'elles soient cyclées... ». Et surtout, une fois la carte jouée, « il n'y a pas de retour en arrière possible ». Les 20 génisses en vêlage 3 ans sont en quelque sorte son filet de sécurité.
Alléger le chargement avant l'été
Au-delà du vêlage 2 ans, c'est l'organisation de tout l'élevage qui est pensée pour préserver les prairies en période estivale. Sur la ferme, les vêlages se déroulent sur deux mois, entre le 10 novembre et le 10 janvier. A la base, le vêlage d'automne était une manière pour Sébastien de pratiquer l'IA sur des animaux en stabulation. Mais c'est également une manière de tarir les vaches allaitantes avant l'été. « Les mâles partent sous la mère, avec objectif de libérer la mère le plus tôt possible ». Compter autour de 450 kg de poids vif entre 7 et 8 mois. « Je pourrais les repousser davantage, mais je ne veux pas user les mêmes. Gagner quelques kilos n'est pas rentable si derrière vous avez des décalages sur la repro ».
Les jeunes génisses restent sous la mère jusqu'à l'automne, mais sont complémentées selon la pousse de l'herbe. « J'ajoute un mash fibreux selon les besoins ». Elles sont ensuite élevées pour la reproduction, ou engraissées en génisses grasses. Engraissées à l'herbe avec un complément, elles quittent généralement la ferme juste avant l'été.
Enfin, le contrôle de gestation, réalisé systématiquement à la mise à l'herbe permet d'écarter les vaches vides pour les finir avant l'été. Un second contrôle au 14 juillet permet de sortir du lot les vaches qui auraient perdu leur veau.
Cultiver l'herbe
Mais surtout, l'éleveur bichonne ses prairies. « Il ne faut pas avoir peur de cultiver l'herbe », aime à répéter Sébastien. Chaque année, l'éleveur renouvelle des prairies. Elles restent généralement implantées entre 2 et 5 ans. « J'ai 70 ha de prairies temporaires en ray-grass hybride et trèfle violet. Si l'on veut garder un fourrage de qualité, il faut réimplanter assez souvent pour toujours avoir une bonne proportion de légumineuses ».
Si l'éleveur reste fidèle à la traditionnelle association ray-grass trèfle, il mise sur le pâturage tournant, avec des rotations rapides pour optimiser l'exploitation des parcelles, et des fauches précoces de qualité. « J'ai entre 7 et 8 t MS à la première coupe, et 2 à 5 par la suite selon les années », détaille Sébastien. Les coupes d'automne sont quant à elles plus aléatoires. « Avec 150 ha d'herbe pour 155 vêlages, j'arrive à être à peu près autonome, mais j'ai toujours des achats de foin sur pied à l'extérieur pour me sécuriser ».
Car pour Sébastien, avoir quelques balles d'avance à l'étable est un véritable gage de sécurité. « C'est ce qui permet de bien dormir la nuit », sourit l'agriculeur.
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